The Gilded Age : la revanche des nouveaux riches

Astor, Vanderbilt…Qui sont ces nouveaux riches qui veulent prendre la place des vieilles fortunes?

Plus j’avance dans les saisons de cette série et plus je deviens obsessionnelle dessus. Ma TL Twitter (pardon “x”) déborde de memes, je me fais spoiler avec amour dès le lendemain de la diffusion. Si vous ne connaissez pas The Gilded Age je ne peux que vous la recommander !

PS : le but de cet article est de montrer les réalités historiques, je vais donc donner quelques événements qui se sont aussi déroulés dans la série. Ca spoile un peu mais c’est surtout un article historique sur cette période, qui je l’espère vous donnera envie de regarder la série !

Après Downton Abbey sur l’aristocratie anglaise, Julian Fellowes s’attaque à d’autres fortunes… cette fois-ci on traverse l’océan pour les Etats-Unis et le spectateur retrouve ce qui a fait le succès de Downton Abbey : des décors et costumes grandioses, des personnages attachants, la relation entre le personnel de maisons et les familles. Du drama futile “pourquoi je ne suis pas invitée à ce bal” en passant par des scènes très émouvantes et de la politique.

Pour l’instant, la série HBO compte trois saisons et fait des records d’audience.
Elle est déjà renouvelée pour une quatrième !


Même si la série suit des personnages fictifs, elle s’inspire de la réalité

The Gilded Age

Cette période de l’Age d’or se situe après la guerre de Sécession aux Etats – Unis et est marquée par une très grande croissance économique pendant près de 40 ans (de 1865 à 1901). Entre Révolution industrielle, essor des chemins de fer, des banques et innovations technologiques… Les fortunes se multiplient à vitesse grand V. Le terme vient du roman satirique du même nom écrit par Mark Twain et Charles Dudley Warner et publié en 1873, joue sur le double sens de gilded : doré, mais aussi recouvert d’or, c’est à dire “plaqué” or par contraste avec le vrai Âge d’Or, en anglais le Golden Age. Le Gilded Age serait donc une contrefaçon un peu ridicule du Golden Age.

Julian Fellowes adore parsemer ses intrigues de références historiques. Dans une interview pour Town & Country, il explique que ces événements réels sont pour lui une opportunité narrative et que son rêve secret est que le public fouille Wikipedia pour découvrir la réalité derrière les épisodes !

Tout l’art de la série est de dépeindre la Haute Société américaine partagée entre les vieilles familles refusant de céder leur place et nouveaux riches bien décidés à la prendre.


Nouveaux Riches vs Old Money : Duel dans le New York du 19 ème siècle

Bertha & George Russell : les nouveaux riches

Bertha Russell est l’une des personnages principaux de cette série : Ambitieuse et déterminée, elle devient une ultra riche grâce à son mari George qui a fait fortune dans l’industrie ferroviaire. Elle va tout faire pour entrer dans la Haute-Société New Yorkaise.

Ce personnage rappelle Alva Vanderbilt, épouse de William Kissam Vanderbilt, petit-fils du légendaire Cornelius Vanderbilt.

George Russell est lui, un mélange fictionnel de deux figures historiques : Jay Gould, industriel peu scrupuleux, et Cornelius Vanderbilt, géant du rail dont les descendants dirigeaient le New York Central Railroad

À l’époque, les Vanderbilt, nouveaux riches milliardaires, étaient méprisés par les “Knickerbockers”, ces descendants des familles aristocratiques hollandaises qui font New York.

On l’observe bien dans la série, Bertha Russell n’a pas les codes de ce dont elle aspire mais va s’en donner les moyens.

Le Bal qui changera tout

Alva / Bertha va lancer une vraie offensive avec ce bal de 1883 qui lui ouvrira enfin les portes qu’elle convoite. Cette soirée mémorable convie 1200 personnes dans son “Petit château”, son énorme manoir d’inspiration française sur la 5th Avenue.

Mais tout était calculé pour ce triomphe : Invitations triées sur le volet et remises en main propre, fuites d’informations dans la presse plusieurs mois avant, décors grandioses pour impressionner. Le bal coûtera au couple l’équivalent de 6 millions de dollars actuels, dont 11 000 dollars rien que pour les fleurs (!).

Méprisée auparavant, on ne parlera que d’eux ensuite : 
« Ils sauront maintenant qui nous sommes » dira-t-elle le lendemain.

La revanche de l’Opéra

La rivalité entre les familles bat sont plein et Alva va faire un coup de maître avec la construction du Metropolitan Opéra de New York. Ayant été refusée à l’Académie de musique (le premier opéra de la ville), elle va financer avec d’autres exclus un nouvel opéra en 1883. Petit pic aux vieilles fortunes, l’ouverture officielle se fera le même soir que le premier spectacle de la saison de l’Académie de musique. Duel mondain : les familles devront décider où aller et choisir leur camp.


Caroline Astor : La Old Money

Véritable reine de l’Elite New-Yorkaise c’est elle qui décide qui en fait partie ou non. Si Alva/Bertha la convainc, elle pourra enfin avoir sa place. Dans la série comme dans la réalité, Caroline Astor incarne la matriarche des vieilles fortunes qui fait la pluie et le beau temps .. Elle regarde de haut ces “arrivistes” venant de l’industrie et les exclue des mondanités suivant ses envies.

Ils ne sont et ne seront jamais du même monde.

Frank Crowninshield, chroniqueur mondain de Vogue, louait son pouvoir absolu dans un numéro de 1941. « Elle aimait les vieilles familles, les vieilles manières, les vieux domestiques, les vieux opéras, les vieilles dentelles. Elle s’efforçait de maintenir la société dans son carcan »

Source : Vanity Fair

Avec son ami Ward McAlister, que l’on retrouve également dans la série sous le même nom, ils vont lister les 400 New Yorkais représentants l’élite de la haute société qui méritent d’en faire partie (et vous pouvez retrouver la liste ici). Pourquoi 400? car c’est le nombre exacts de personnes que peut accueillir la salle de réception de Caroline Astor à Newport 💅

« Autrefois, si quelqu’un n’était pas sur la liste, vous ne le connaissiez tout simplement pas. » Brooke Astor

Evidemment les Vanderbilts ne seront pas sur cette fameuse liste et ne seront pas invités aux événements mondains. C’est une question d’égo mais aussi de business d’en faire partie, ce cercle ouvre de nombreuses opportunités.

Ces nouvelles familles de millionnaires augmentant de plus en plus à New York, Caroline Astor ne pourra pas les exclure éternellement. Elle va progressivement céder et les accepter…Après tout, les Vanderbilt sont partout, leur influence grandit et puis… ils sont maintenant plus riches qu’elle.

Ou est-ce ce fameux bal d’Alva Vanderbilt qui va changer la donne ? Alva toujours exclue, va “oublier” d’inviter la fille de Caroline Astor. Horrible affront à la reine de New York ! Quelle humiliation ! Caroline Astor va devoir mettre son égo de côté et se déplacer (enfin) personnellement au Petit Château des Vanderbilt. Comme tout le monde est invité, elle ne veut pas mettre en péril sa place et surtout son image.

Un scandale n’arrive jamais seul quand, quelques années plus tard, sa fille Charlotte lui annonce qu’elle souhaite divorcer. Elle qui interdisait les bals aux divorcées, va-t-elle fermer les portes à sa propre fille ?


Gladys Russell est Consuelo Vanderbilt

Vu le tournant de la série, Gladys, la fille de la famille Russell ne peut qu’être que Consuelo Vanderbilt. Effectivement, sa mère Alva a bien organisé son mariage avec un duc anglais alors qu’elle n’avait que 19 ans. Et cette décision a permis d’asseoir le rang de la famille.

Devenue Duchesse de Marlborough en épousant sans amour Charles Spencer-Churchill, le 9e duc de Marlborough, elle incarne “l’American dollar princess”, une héritière américaine qui entre dans l’aristocratie britannique.

Clairement, le Duc souhaitait ce mariage pour l’argent en obtenant une grosse dot (2,5 millions de dollars, 50 000 actions Vanderbilt et 20 000 dollars de rente annuelle à vie !!). Il a pu rénover son palais de Blenheim, et faire construire Sunderland House à Londres. En espérant que Gladys Russell ait plus de chance et que des sentiments se développent entre eux !

Petit point historique : Elle devient très proche du cousin de son mari qui n’est qu’autre que Winston Churchill et est l’arrière-grand-mère de la princesse Diana !

Dans la saison 3, la famille Russell commande un portrait de Gladys, ce n’est qu’autre que le célèbre John Singer Sargent qui s’occupera de ce tableau.

John Singer Sargent était le peintre de la Haute Société new-yorkaise et si vous voulez voir ses oeuvres, une exposition se tient au musée d’Orsay en ce moment à Paris jusqu’au 11 janvier 2026 ! Par contre, il n’a jamais peint Consuelo Vanderbilt mais ce portrait faire référence à celui de Mrs Hamilton McKown Twombly (Florence Adèle Vanderbilt).

La peinture présente dans la série ainsi que la tenue de Gladys rappelle vraiment ce portrait de Signorina Concha de Ossa par l’autre peintre de l’élite, et rival de Sargent : Giovanni Boldini. Qui, lui, il avait bien peint Consuelo Vanderbilt !


L’Elite Noire

The Gilded Age

Toute une partie de la série suit la Communauté Noire de la fin du 19 ème siècle à Brooklyn. Elle permet de montrer cette élite Noire new-yorkaise moins connue. Avec la famille Scott et Peggy, le spectateur découvre les codes et les discriminations auxquels ils font face.

Par exemple, on lui interdit de prendre une calèche car noire, elle refuse d’écrire pour un journal dirigé par des Blancs car on lui demande de changer son nom. Elle va ensuite écrire dans la presse Noire, presse née en 1827 avec la revue Freedom’s Journal, qui a pour objectif de représenter et de donner une voix aux Africains Américains.

Son personnage est inspiré de plusieurs journalistes qui ont écrit dans la presse Noire (Ida B. Wells, Mary Church Terrell, Victoria Earle Matthews) et de Julia C Collins, qui signera le premier roman d’une Africaine Américaine : The Curse of Caste; or The Slave Bride: A Rediscovered African American” (1865).

  • Son père, Arthur Scott rappelle Philip Augustus White qui a ouvert sa propre pharmacie en 1847.
  • T. Thomas Fortune est un journaliste et rédacteur en chef du journal Noir : The New York Age.
  • Frances Ellen Watkins Harper est une abolitionniste, journaliste et suffragette américaine.
  • Sarah J. Garnet est la première femme Noire à devenir directrice d’une école publique à New York. Suffragette, elle sera à la tête du suffrage du the National Association of Colored Women.
  • Mahlon Van Horne inspire le personnage de Frederick Kirkland, un pasteur Noir de Newport.

Erica Armstrong Dunbar, professeure d’histoire à l’université de Rutger, a travaillé sur les femmes Noires Américaines du 18ème et 19ème siècle. Elle a été consultante historique pour apporter une authenticité à la série.

“Ca a été très important pour Julian Fellowes de montrer un monde qui existait durant les années 1880. Et faire un série dans le Gilded Age à cette période et ne pas inclure les Noirs New Yorkais aurait été plus que problématique. Peggy vient d’une famille clairement inscrite dans l’élite noire, Cela ne veut pas dire que tous les Noirs des années 1880 vivaient ainsi ; ce n’est pas le cas. Mais c’est un parallèle important avec les autres thèmes de la série : la richesse Blanche, la lutte pour le pouvoir, ce tiraillement entre les riches et les super riches. Il existe une élite Noire qui évolue parallèlement.” Source


La série met en avant d’autres personnages historiques :

  • Ward McAllister avec son impressionnante moustache se présente comme le gardien de l’élite new-yorkaise. Pour lui il faut avoir les 3B pour être dedans : Birth, Background and Breeding, (Naissance, Origine, et Savoir vivre). Comme dans la série, il a écrit ses mémoires dans “Society as I have found it”, il va bien créer un tollé général avec ses révélations et les secrets de toute la Haute-Société… et va se mettre à dos beaucoup de monde, dont son amie Caroline Astor.
  • Mamie Fish : Grande mondaine et mécène, elle deviendra membre fondatrice du magazine Vogue.
  • Arabella Huntington (Sylvia Chamberlain dans la série) : Riche collectionneuse d’art avec beaucoup de scandales. Un fils né hors mariage, un premier mariage seulement 9 mois après que son futur mari perde sa femme d’un cancer et un un seconde mariage qui n’est qu’autre qu’avec le neveu de son défunt mari.
  • Clara Barton dans la saison 1 est l’infirmière qui a fondée de la Croix-Rouge américaine.
  • Emily Warren Roebling est effectivement la femme de l’ombre, derrière le pont de Brooklyn après que sont mari tomba malade.
  • Christine Nilsson est une soprano suédoise qui a été engagée dans la Saison 2 pour chanter lors du bal des Russell. Cette soprano est une légende, on la retrouve dans le roman d’Edith Wharton L’Age de l’innocence et a inspiré le personnage de Christine Daaé dans le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux.

En ce qui concerne la famille Van Rhijn est quand à elle, entièrement fictive.

Visites Gilded Age

Beaucoup de manoirs du Gilded Age à New York ont été détruits, même s’il reste le manoir de la famille Frick qui est aujourd’hui la Frick Collection.

C’est Ward McAllister qui a fait de la ville de Newport à Rhode Island, l’endroit où l’Elite va se retrouver.

The Gilded Age. Photo : Alison Cohen Rosa

Il reste (pour mon plus grand plaisir) encore des manoirs que l’on peut visiter (liste ici):

  • The Breakers : Manoir de la famille Vanderbilt, construit pour Cornelius Vanderbilt II
  • Marble House : La résidence d’été d’Alva Vanderbilt et de William Kissam Vanderbilt
  • The Elms: un mini château français qui a servi de lieu de tournages pour la demeure des Russell dans la série

The BreakersMarble House, The Elms (Photo 1 et 2 )

Mais aussi :

  • Rosecliff, Clouds Hill Museum, Château-sur-Mer, Kingscote, Hunter House, The Ledges et Belcourt of Newport.

KingscoteThe LedgeChateau-sur-merBelcourt of Newport

Lien : Lieux de tournage de la série dans les manoirs de Newport


Pour d’autres visites Gilded Age :

  • Biltmore à Asherville, manoir des Vanderbilt.
  • Hudson River Museum où la salle historique de 1877 a servi de décor pour la maison de Mrs Astor dans la série.
  • Blenheim Palace en Angleterre où résidaient le Duc et son épouse Consuelo Vanderbilt
  • Lyndhurst Mansion : La maison d’Aurora Fane
  • Briarcliff Manor : la Salle des dessins de Sylvia Chamberlain
  • Hempstead House : la résidence d’été de la famille Guggenheim est le bureau à George Russell dans la série
  • Troy Townhouse, maison de la famille Scott

Biltmore EstateBlenheim PalaceLyndhurst Mansion, Briarcliff Manor (Photo : Alison Cohen Rosa)

Mais aussi :

  • Glenview Mansion, John Paine Mansion, manoir Vanderbilt à Hyde park, Hart Cluett Museum Lyndhurst Mansion, The Belvedere Estate à Tarrytown, Jacob Purdy House à White Plains.

Lien : Lieux de tournages de la série


Idées lectures

  • L’Age d’or de Renée Rosen
  • Glitz, Glam, and a Damn Good Time: How Mamie Fish, Queen of the Gilded Age, Partied Her Way to Power de Jennifer Wright
  • A Well-Behaved Woman: a novel of the Vanderbilts de Therese Anne Fowler
  • Washington Square de Henry James
  • Un portrait de femme de Henry James
  • Le temps de l’innocence de Edith Wharton
  • Les Beaux Mariages de Edith Wharton
  • Chez les heureux du monde de Edith Wharton
  • When the Astors Owned New York de Justin Kaplan
  • American Duchess: A Gilded Age Historical Romance of a Duke and an American Heiress de Karen Harper
  • The Last Castle de Denise Kiernan
  • An American Beauty: A Novel of the Gilded Age Inspired by the True Story of Arabella Huntington Who Became the Richest Woman in the Countryde Shana Abe

Pour en savoir plus sur l’Elite Noire :

  • Black Gotham de Carla L. Peterson
  • The Personal Librarian de Marie Benedict & Victoria Christopher Murray
  • Belle Greene d’Alexandra Lapierre
  • Our Kind of People: Inside America’s Black Upper Class de Lawrence Otis Graham

Un grand merci à Candice et Adeline pour leur relecture !

Et vivement la saison 4 !

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