L’Apocalypse de Dürer

L’Apocalypse d’Albrecht Dürer est un livre publié en 1498 qui regroupe 15 gravures sur bois sur le thème du livre de l’Apocalypse de Jean, le dernier livre du Nouveau Testament.

Albrecht Dürer (1471-1528), L’Apocalypse, Édition latine de 1511, Gravure sur bois, BnF,
département des Estampes et de la photographie

L’Apocalypse de Dürer est le premier livre créé et imprimé par son auteur

Albrecht Dürer est un dessinateur, graveur, peintre allemand de la Renaissance (1471-1528). Il n’a que 25 ans quand il commence à travailler sur ces planches, motivé par un désir personnel plutôt que par une commande.

Cette œuvre marquera le début de sa reconnaissance et de sa renommée à travers l’Europe car dès sa sortie, le livre est un succès immédiat et va être rapidement réimprimé et copié. Les gravures seront même découpées pour être vendues séparément !

Il utilisera l’imprimerie de son parrain Anton Koberger à Nuremberg pour éditer deux versions : une en Allemand et une en Latin, dans le but de le partager à l’international. 

L’Apocalypse de Dürer est le premier livre exclusivement créé et imprimé par son auteur

Il n’a rien laissé au hasard, il va choisir un texte connu car il sait qu’il pourra bien le vendre. Ce thème est pour lui parfait : on se rapproche de la date de 1500, un compte rond qui fait frémir et toute l’Europe est terrorisée par la fin du monde. C’est la période ou l’épidémie de Peste noire sévit encore et on craint une invasion de l’Empire Ottoman en Europe.


Il va bouleverser les codes du livre

Dans un livre, la page de droite est la plus importante, c’est habituellement là que se situe le texte et l’illustration se trouve sur la page de gauche. Ici c’est tout l’inverse ! Albrecht Dürer donne à ses gravures de l’Apocalypse la meilleure place et laissera le texte au verso.

« Apocalypsis cum figuris » [Texte imprimé], Albrecht Dürer, Nuremberg, 1511, BnF, Réserve des Livres Rares

Son Apocalypse à lui

Il maîtrise parfaitement le texte et va réussir à résumer l’intégralité du livre de Jean de Patmos en quelques gravures. Il prendra certaines libertés, comme dans les « Quatre Cavaliers » où regroupera huit versets en une seule illustration : alors que dans le texte, les cavaliers arrivent progressivement, ici, il choisira de les représenter tous ensemble.

Albrecht Dürer (1471-1528), L’Apocalypse. 5, Les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Date d’édition : 1497-1498

L’Italie

Après un voyage en Italie, il découvre la Renaissance Italienne et surtout Andrea Mantegna. Ses futurs oeuvres s’en ressentiront, ce dernier va l’inspirer et surtout dans les représentations du corps humain.

Andrea Mantegna , Le Combat des dieux marins (partie gauche et partie droite) (between 1490 and 1506), Collection Metropolitan Museum of Art.

Une anecdote que j’adore est que Dürer avait une technique si spécifique pour peindre les cheveux très fins que le peintre Bellini implora de lui offrir un de ses pinceaux. Dürer lui en amena plusieurs…tous très ordinaires. Bellini pensa qu’il se moquait de lui mais Dürer en pris un et commença à peindre un cheveu si fin que Bellini n’en croyait pas ses yeux.


Monogramme

Très nouveau à l’époque et peut être pour la première fois pour un artiste, Dürer commence à signer toutes ses oeuvres avec son monogramme AD. Il souhaite donner à la gravure sur bois sa place d’oeuvre d’art (et il a raison).

AD – le Monogramme d’Albrecht Durer

Il a été l’un des artistes les plus copiés de son époque : 
Un jour il découvre que Marcantonio Raimondi, un autre graveur, vend des reproductions de ses gravures en apposant un autre sigle sur son monogramme AD.

Dürer va aller jusqu’à Venise pour porter l’affaire devant les tribunaux, aujourd’hui on parlerait de “reproduction sans autorisation ni droit d’auteur”. Pour la première fois un artiste cherche à protéger son oeuvre contre la contrefaçon.Il n’obtiendra pas entièrement gain de cause malheureusement mais on peut penser que cet épisode marquera l’origine du droit moral : la reconnaissance d’une paternité de l’artiste sur son oeuvre.

Pour se protéger, Dürer notera cet avertissement sur ses livres (en latin) : 

“Malheur à toi, voleur du travail et du talent d’autrui. Garde-toi de poser ta main téméraire sur cette oeuvre. Ne sais-tu pas ce que le très glorieux Empereur Romain Maximilien nous a accordé ? – que personne ne soit autorisé à imprimer à nouveau ces images à partir de faux bois, ni à les vendre sur tout le territoire de l’Empire. Et si tu fais cela, par dépit ou par convoitise, sache que non seulement tes biens seraient confisqués, mais tu te mettrais également toi-même en grand danger.” (source ) 

Après ça, Raimondi continuera de vendre les oeuvres sauf qu’à la place de l’emplacement consacré au monogramme de Dürer il laissera un champs libre. Comme ici tout en bas : 

Jésus face à Hérode. Marcantonio Raimondi d’après Dürer. 

Le célèbre monogramme aux lettres AD entrecroisées par lequel il signait ces oeuvres peut être considéré comme l’équivalent d’un logo aujourd’hui. Un tel dispositif n’était pas nécessaire au Moyen Age, quand les oeuvres d’art restaient par définition des objets uniques. Mais, avec la production d’images en série, sans protection découlant du droit d’auteur, il jouait le rôle d’un signe permettant l’attribution, d’une garantie d’authenticité et d’une marque instantanément identifiable. […] au début du 16ème siècle, Dürer s’est rendu à la fois célèbre et riche en saturant ainsi le marché européen avec ses gravures sur bois. (source & source )


Exposition “Apocalypse – hier et de demain” à la BnF

Un grand Merci à la Bnf qui grâce à cette collaboration a permis que je réalise ces recherches et que je les partage ici !

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